Mardi 3 novembre 2009

Par Juliette



Non décidément il n'y a rien à tirer d'un cours nul. Jusqu'à il y a une minute je me disais qu'au fond, tout était une question de discipline, que si l'on se contraignait à suivre, à relire, à épouser la nullité avec un minimum de recul, on pouvait parvenir à essorer le contenu du cours nul de tout son éventuel intérêt. C'est une phrase qui revient souvent, « tirer au maximum profit de X ». Même l'année dernière, je n'avais pas bien réalisé la nature de mon rejet de presque tous les cours, à force je pensais presque que c'était un luxe, ma manière moi d'être capricieusement libre, de bouder des choses qui avaient peut-être quand même un peu de saveur, puisque tout le monde s'y pliait sans douleur, mis à part le folklore ambiant de dolorisme. A la fac j'ai découvert la fin du temps des caprices, je n'ai plus personne à contredire ou à alarmer si je suis absente, quelle banalité de le dire mais je me suis responsabilisée, soit exactement ce que j'attendais dès la fin du lycée. Mais le rôle du cours nul est néanmoins immense, il s'agit de le dépasser rationnellement, de le trouver nul pour de bonnes raisons en somme, ce qui est personnellement bien plus fertile que s'acharner à tolérer la nullité. Même si bien sûr on la tolère, cette nullité, il ne s'agit pas de se lever et de claquer la porte à chaque cours, ce qui deviendrait ridicule, mais l'idée de dépasser le cours pendant le cours même est absolument stimulante. Assise au dernier rang d'une petite grande salle, j'entends résonner des citations de Kant un peu maladroitement édictées, derrière moi le bruit d'une craie qui heurte régulièrement le tableau de l'autre salle, séparée de la notre par une maigre cloison. Deux rangs devant moi sont assises S. et P., deux rangs devant elles sont assis A. et T., T. avec son pull rouge qui de temps en temps me permet de le repérer dans l'amphi. JM n'est pas là, c'est la deuxième fois qu'il rate ce cours, je ne sais pas trop pourquoi, je l'ai grondé sans conviction par sms, j'ai surtout peur qu'il ne vienne pas de la journée. Depuis quelques jours j'ai envie de lui demander d'être mon modèle photo, depuis une photo du fils de Sagan imitant la pose d'une vieille photo de sa mère, j'ai eu envie de faire la même avec JM, d'en tirer une série même, pourquoi pas.
Depuis la rentrée on a tous repéré un étudiant à la connerie très développée mais aussi assez subtile, une bêtise qui fait d'abord plaisir parce qu'elle n'est pas la bêtise banale et commune, mais qui très vite est beaucoup plus insupportable que si elle avait été banale, parce qu'elle s'ignore d'une part, parce qu'elle se faufile partout d'autre part. Situation originale puisque l'habitude veut que ça soit à l'intelligence d'être pénétrante. Je me suis solennellement fait la promesse de l'approcher avant la fin du semestre pour en savoir plus, ce jeune homme pourrait constituer un tournant formidable dans mon expérience intolérante de la pensée.

Difficile de mentionner toutes ces lettres anonymes, JM, S., P., A., T., sans rendre hommage à celui qui aura le droit ici d'avoir son prénom apparent de manière non amputée, Gabriel. Gabriel n'étant pas sur facebook j'ai bon espoir que ses loisirs ne consistent jamais à chercher des traces de sa présence sur des blogs de jeunes étudiantes. Et si le plus grand des hasards venaient à l'amener ici, j'en serais sois heureuse, soit dégoûtée, le tout dépendant de sa réaction à lui. J'ai très vite apprécié Gabriel, malgré ses Rayban wayfarer, d'abord grâce à sa voix, ensuite grâce à la tournure de ses interventions en cours, enfin grâce à son aisance physique accompagnée d'un style joliment classe. Notre amour était impossible car Gabriel s'est rapidement entouré d'un groupe d'amis que la raison universelle empêche de considérer comme de saines fréquentations quotidiennes, des gens à qui l'on se contente de faire la bise une fois par semaine. Le cours s'est maintenant dirigé sur Hegel, le néant contient l'être donc le néant est l'être et l'être est le néant, tout le monde jouit de son ignorance, ou plutôt de son incompréhension forcenée, c'est vraiment un phénomène de groupe, jouir collectivement de sa bêtise comme d'un état dont on ne veut pas sortir, on se complait en fait à partager tous le même état, la bêtise est quelque chose de très fédérateur. Entre deux personnes qui ne comprennent pas, qui ne savent pas, j'aurais toujours plus de respect pour celle des deux qui a honte de ne pas comprendre ou de ne pas savoir. L'adage « n'hésitez pas à m'interrompre si vous ne comprenez pas » est une fiction pédagogique qu'on a eu tendance à prendre trop au sérieux, alors que ce n'est pour le professeur qu'une manière de se rapprocher de ses élèves dans leur ignorance, un peu comme le politicien qui va serrer des paluches sur un marché. Je veux dire, ce n'est pas sérieux. J'ai oublié de continuer à parler de Gabriel, en fait je n'ai pas grand chose à ajouter, je l'idéalise sans grand contenu, lorsqu'on me demande de creuser j'en suis peu capable, et même quand je me force moi-même à creuser ça ne donne pas grand chose.

Je pense mourir eventually par la faute des pauses cigarettes quotidiennes de mes congénères. Si j'avais un peu d'esprit de sauvegarde je m'abstiendrais d'accompagner les autres se tuer à petit feu, mais en même temps rester dans la salle de cours pendant la pause c'est s'exclure de toute la vie sociale de la classe qui ne s'exprime jamais autant qu'en pause.

En descendant à l'instant en pause j'ai décidé de parler avec un type dont je ne connais toujours pas le nom alors que nous avons parlé à plusieurs reprises, ça serait un peu gênant de lui demander, j'ai déjà du lui demander en plus, il était en prépa à LLG et nous avons des connaissances en commun, il m'a donné l'indice de sa présence sur facebook, la chasse au jeune homme sans prénom a commencé, j'ai bon espoir. En discutant avec ce brillant anonyme, sous la pluie qui se cache, j'aperçois Murielle qui s'avance avec ce mi-sourire que je lui connais bien, mais que je ne pensais pas forcément constant, un sourire à la fois bienveillant et ironique, ça doit être le sourire du recul, de l'observation, un peu de contenance aussi, ou d'absence, un sourire qui témoigne que sa maîtresse est perdue dans ses pensées, et perdue même pas puisqu'elle reste en même temps attentive. Bref un sourire complexe. Quand je me poste devant elle elle a un petit sursaut d'étonnement et de retard, elle a sans doute appréhendé une silhouette s'approcher, se poster devant elle, sans identifier cette silhouette à moi, Juliette, mais en se disant que quand même, cette personne et son arrêt si proche n'étaient pas anodins. En remontant en cours je suis prise d'une vilaine quinte de toux, le genre de toux directement causée par l'aquarium passif de tabac que je viens de subir, le genre de moment qui donne envie de se mettre à fumer, histoire au moins d'être activement à l'origine du mal qui nous ronge. Pour autant j'aurais un peu la flemme de me prêter au jeu de l'addiction, c'est un effort de tous les instants que je ne suis pas prête à fournir. Je crois que je viens de rater un exposé brillant, l'heure est venue de me rattacher au cours, c'est aussi ça la chute quant à la nullité des cours, elle nous oblige à être présents pour actualiser sans cesse notre jugement, pour dépasser sans cesse le cours de manière rationnelle, si on s'autorise une absence on perd un peu en rationalité, on s'appuie sur une expérience plus vieille, moins justifiable. Par rapport à celui qui trouve le cours bon, et qui donc a tort, on perd en efficacité, avoir raison sans base empirique c'est toujours un peu difficile à faire valoir, même si fondamentalement on reste dans le vrai.
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Jeudi 29 octobre 2009

Par Juliette


On saisit en fait très vite, pour ne pas dire tout de suite, avec qui le courant passera. Je crois à moitié à ces histoires d'apparence, on fait juste semblant de se croire assez idiot pour se fier aveuglément à l'apparence, au sens d'une apparence qui aurait un sens bête et méchant, alors que l'apparence en fait c'est plus qu'un vêtement, c'est plus qu'un look ou qu'une dégaine, l'apparence c'est tout ce que transpire une personne, tout ces messages qu'elle a égrenés sur elle, à charge pour nous de les saisir. Il n'y a jamais de neutralité dans l'apparence, passé l'âge de raison tout signifie, même la nonchalance vestimentaire est un snobisme sympa etc. Pour S. c'était plus une question de hasard que de choix, j'étais arrivée en retard le jour de la pré-rentrée, une place était libre à côté d'elle dans la petite salle, le prof parlait, j'ai dit bonjour et je me suis assise sans trop la regarder tout de suite, je ne voulais pas donner l'impression de choisir mon voisin avec trop de soin, elle avait une petite trousse Longchamp sur sa table, la trousse tellement banale et moche que je m'expliquais mal dans quelle optique elle l'avait choisie, tant pis. J'ai tout de suite aimé les cheveux de S., longs bruns et régulièrement bouclés, ils avaient l'air très disciplinés, très faciles à vivre à côté de la réputation sulfureuse qu'on donne toujours aux cheveux bouclés. Quand je lui ai parlé elle a eu l'air soulagée, le soulagement d'une fille qui craint un peu de revenir de sa rentrée sans avoir dit un mot à personne, plus vraiment sûre tout à coup qu'elle a bien vécu tout ça. Quand P. est venue se greffer à mon petit couple stable j'ai su que je venais de rencontrer la fille la plus inintéressante de ma vie, une vraie expérience humaine d'un débit hallucinant de banalités à la minute. Avec JM tout a été plus rapide et plus intense, je l'ai remarqué au bout d'une semaine seulement, alors qu'il avait intégré notre groupe de discussion-pause-cigarette devant la fac, il m'a parlé de son année de prépa et rapidement de choses essentielles, on s'est écarté du groupe bruyant qui nous enfumait. JM incarne une harmonie corps/esprit assez parfaite, j'ai su que mon intuition ne me trompait pas, il parlait avec de belles et rondes phrases, du haut d'une sincérité et d'une vérité que j'ai presque eu envie de sauvagement saccager, tellement elles étaient pures. Un soir en se rapprochant du métro nous avons compris que notre conversation ne pourrait pas se terminer dans la violence qu'allait exiger la situation, on se connaissait déjà mieux sans se connaître en fait mieux, de dix-huit heures à une heure du matin nous n'avons pas eu d'autre choix que de nous vomir nos vies et pensées respectives à la figure, de parler compulsivement même si nous nous sentions immobilisés par la politesse d'une amitié nouveau-née, parce qu'aucun de nous n'avait envie de se lever et de partir, tout en étant rongé par la crainte que l'autre, malgré les apparences évidentes, s'ennuie. JM m'a lu des choses merveilleuses ou juste brillantes, des petits textes réfléchis ou des poèmes inspirés, que j'ai dû faire semblant d'apprécier parce que décidément, ça ne me parle pas.

Le vingt-sept au soir, hier en fait, je réquisitionne JM pour la réunion du Club Villepin, j'espère secrètement le faire adhérer, je me surprends à être heureuse d'être au milieu de tous ces fidèles enthousiastes, PL nous aborde et nous parle de Villepin mieux que je n'en parlerai jamais, je le trouve magnifique d'abnégation dans ce non-narcissisme presque sacrificiel, s'engager pour un autre homme c'est presque aussi beau que de l'amour, mis à part peut-être la non négligeable inégalité entre l'homme porté et l'homme qui porte. Alors que Villepin prononce son discours je me demande s'il croise parfois le regard de quelqu'un, si par exemple il pourrait croiser le mien, mais il a l'air ailleurs, au-dessus, dans son for intérieur pourtant, il ne doit pas parvenir à faire taire cette question sans réponse, il se demande forcément qui nous sommes, ce que nous faisons ici, réunis autour de lui. J'imagine le sentiment étrange que cela doit procurer, d'avoir fait déplacer des gens qui viennent entendre un discours, voir un homme, je suis sûre que Villepin n'est pas assez blasé pour ne pas s'en émouvoir sincèrement. Je me dis que c'est ce que j'aime, cette capacité à ne pas sembler trouver tout normal, à s'étonner et à s'émouvoir sans cesse, ces qualités sont celles d'un grand homme.
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Samedi 3 octobre 2009

Par Juliette


Les voyages en train me mettent face à un casse-tête indépassable. Les paysages impersonnels qui défilent ou l'on passe sans être vraiment, les autres, passagers inconnus aux destinations mystérieuses, le ciel, un avion qui passe, que l'on imagine en partance pour une très lointaine destination, une fille qui se sent observée même les yeux fermés. Un amas de sensations déjà vécues, déjà pensées, déjà écrites, qui m’énervent de banalité et de déjà-dit. Irrépressible envie pourtant de s'épanouir dans toutes ces impressions offertes par le mouvement, le lieu de départ, le lieu d'arrivée, la façon d'arriver, de rentrer. Il faudrait pouvoir arrêter de penser, mais en fait non, on arrêterait aussi de ressentir, on ne peut pas ressentir sans penser, la philosophie et les arts (et F.) nous ont beaucoup menti là-dessus. J’essaie pourtant, j’essaie de chasser chaque pensée qui pointe son nez, l’heure de train Lille-Paris se transforme en expérience cérébralo-empirique, plus je refoule plus elles reviennent, surtout par taquinerie de l’esprit, un truc un peu schizophrène qui fait que la pensée parfois se dissocie de la volonté, c’est peut-être un jeu de mauvaise foi, une conversation interne factice, un ping-pong mental truqué, je veux que cette pensée disparaisse et je le veux tellement que je joue à me taquiner et à force de jouer l’esprit prend l’habitude, le réflexe de résister à la volonté, de ne pas se plier à son impériosité.

Je Lui ai dit au revoir sur le quai de la gare de Lille Flandres, il prenait le métro je prenais le train, peut-être qu’avec lui j’arrive plus positivement à arrêter de penser, à être là où je me trouve, présente, sans être tout de suite pressée d’aller ailleurs. Il me semble sans cesse à conquérir, jamais acquis, je suis présente dans l’instable comme jamais je ne le serai dans le statique, voilà la clé. C'est trop difficile d'écrire sur l'amour, soit on décortique cyniquement soit on s'épanche lyriquement. Je suis très pessimiste quant aux choses que je ne peux pas écrire, je doute de l'existence de ce qui ne se couche pas correctement sur papier. Les siècles ont affaibli l'amour à force de non-dits et de mal-dits littéraires, en parler c'est parler pour deux, écrire pour deux, c'est donc perdre en justesse, en finesse, c'est s'acharner à construire un puzzle dont il manque inévitablement la moitié des pièces. On ressasse fatalement la même rengaine, impossible de creuser plus loin que les tunnels déjà formés, ça me semble quelque chose de capitalement frustrant pour n'importe quel être humain un peu porté sur l'écriture. Vendredi j'ai rejoint Jean près du Grand Palais pour la nuit electro, j'avais été tout de suite très enthousiasmée, même sans être très fan de la musique electro, l'idée d'investir un tel monument, cette espèce d'appropriation sauvage d'un témoin en pierres du passé, les gens fumaient sans complexe sous le grand plafond de verre, ils saccageaient gentiment les lieux comme ils l'auraient fait de n'importe quel endroit, c'était un bel exercice de désacralisation du musée, du monument historique, ça n'a pu que faire du bien à tout le monde. J'ai pensé que J. était le prototype des individus toujours absents du moment qu'ils vivent, toujours projetés dans l'après, dans l'ailleurs. J. n'est au fond jamais vraiment satisfait de l'endroit où il se trouve, des gens qu'il voit, il jongle entre les situations, éternellement inassouvi, et s'il profite d'un moment ce n'est que dans l'optique de tourner la page, de créer une chute et donc une fin à une scène précise et cadrée. En cela il est de ces gens foncièrement indisponibles qui impliquent nécessairement que le rendez-vous soit rentable pour que le rendez-vous soit. Se voir c'est faire ses preuves, c'est tenir le plus longtemps possible avant que vienne le temps d'ajouter, de retirer, de modifier la situation donnée. Et c'est finalement ce que tout le monde apprécie chez lui, ce côté follement humain, démentiellement vulnérable et concevable, cet abandon total à ce travers que tout le monde essaie normalement de modérer.

On écrit donc bien plus facilement sur l'amitié ou sur le train que sur l'amour et vraiment, c'est mauvais signe. La veille, en arrivant à la gare de Lille, un peu en avance sur l'heure initialement prévue par la SNCF, je l'ai attendu quelques minutes, je guettais sans y croire les trois entrées, sans y croire parce que je savais que je ne pourrais l'apercevoir qu'au dernier moment, je promenais simplement mes yeux partout pour que la raison de mon attente soit identifiable, transparence sympa que les inconnus s'offrent entre eux à certains moments de vie collective. A mes pieds j'avais posé le gros carton blanc à poignée qui contenait la lampe Habitat que je lui avais trouvée pour son nouvel appartement, une simple et jolie lampe argentée avec ampoule économique mais puissante, et dont la lumière promettait de ne pas être trop triste ou délavée. Il est arrivé désolé de ne pas avoir été là avant moi, il n'avait pas imaginé que mon train puisse arriver avant treize heures trois minutes. Il m'a guidée dans les rues d'un pas décidé, voir Lille était pour moi une première, au bout de cinq minutes j'ai décidé que la ville était un mélange de Nantes et d'une ville vaguement anglaise et je n'ai pas eu à réviser mon jugement par la suite. Nous sommes rapidement arrivés chez lui, au beau milieu du centre de la ville, la pièce semblait un peu vide car les meubles n'avaient pas encore tous été livrés. J'ai installé la lampe à la place la plus judicieuse, j'avais hâte qu'il fasse nuit pour voir plus complètement ce qu'elle donnait. Tout était beau et bucolique, même en faisant les courses au Monoprix du centre commercial, tout cet univers provincial m'attendrissait beaucoup, m'émouvait presque. Il portait un sweat Abercrombie & Fitch sur une simple chemise blanche, comme d'habitude, et je crois qu'à cet instant, dans ce centre commercial du plein centre de Lille, à côté de lui, je ne pensais pas plus loin que les portes du magasin.

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Lundi 7 septembre 2009

Par Juliette


J'écoute en boucle Julian Plenti, en fait pas tous les morceaux parce qu'il a eu tendance à faire cohabiter trop de rythmes différents, j'ai dû agir en supprimant d'iTunes les pistes qui ridiculisaient la cohérence de l'album, maintenant j'ai l'impression qu'il est parfait. Quand Plenti m'insupporte j'enchaîne sur Devendra Banhart puis sur Felix Da Housecat. C'est la boucle actuelle de ma vie. J'ai proposé à ma mère d'aller voir J'ai tué ma mère un soir, et allez comprendre, elle l'a mal pris. C'est tout à fait le genre de personnes un peu paranoïaque qui pense  que tout a du sens, même le titre des films que je choisis d'aller voir. Je suis un peu coupable de tout, si elle lisait Sacha Sperling parce qu'elle m'avait entendu en parler elle n'aimerait pas et déciderait que, quelque part, j'ai à voir avec la médiocrité de Sacha, comme si je cautionnais automatiquement tout ce que je lisais, écoutais, voyais. C'est ce qui m'a longtemps empêchée d'affronter les scènes d'amour des films en compagnie de ma mère, parce que j'avais l'impression qu'elle allait m'accuser de quelque chose. Avec du recul je crois que la parano était aussi un peu de mon côté, avec une bonne dose de honte de grandir. Je devais partir en Sologne, toute seule, en humaniste lettrée qui s'isole pour lire dans une vieille et grande maison froide, finalement je préfère déprimer en ville plutôt qu'à la campagne, la dépression urbaine a quelque chose de complet qui console, elle se nourrit puis se guérit elle-même, de folles sorties et de folles solitudes. La dépression rurale est plus profonde et sans issue. Et puis le beau temps actuel ne se prête pas parfaitement à la déprime. J'ai trouvé la saine occupation de donner des cours à une petite fille, quelques soirs par semaine, je vais la chercher à la sortie de l'École Als@cienne et nous faisons du français, de la lecture, des maths même (elle connaît mieux ses tables de multiplication que moi, la honte). Elle est déjà très douée, très intelligente, elle fréquente facebook et msn et dit un peu trop "merde" à mon goût, mais je dois bien reconnaître que j'ai souvent l'impression de parler à une adulte en lui parlant. Après ses devoirs je me prête à des parties de poker endiablées ou je la regarde dessiner en envoyant des textos, dans le petit jardin parisien de ses parents. Un job harassant.

Samedi ma mère m'a appelée pour m'annoncer la mort de Bertrand, le père de Victoire, une amie d'enfance que je connais pour ainsi dire depuis le jour de sa naissance. J'ai passé le week-end à beaucoup penser à elle, un peu abattue, je me demandais ce que ça représentait de perdre son père à dix-huit ans, si ça faisait partie de ces choses que l'on dit graves. Et comme de toute évidence oui, cela était grave, j'ai trouvé le grave étonnant quand il s'approchait de nous, comme une déception malsaine qui se dirait "ah, ce n'est que ça." J'aurais bien appelé Victoire pour lui dire que le grave n'était pas si grave mais bien sûr ce n'était ni vrai ni approprié, à sa place je détesterais mon comportement relativiste, perdre son père à dix-huit ans c'est extrêmement grave, excessivement triste. À son retour ma mère m'a psychanalysée une petite heure, le temps que j'accouche de tous les bons souvenirs que j'avais de Bertrand, elle m'a montré le faire-part publié dans Le Monde, ça rendait les choses plus réelles, plus tristement officielles. Et Victoire, qui pleure sans doute, à qui personne ne sait quoi dire et pour qui aucune parole ne conviendra jamais. Je n'avais pas envie de la serrer dans mes bras, j'avais juste envie que le temps passe et qu'elle oublie la douleur, pour ne plus se souvenir que de son père, de ses rires, de ses poèmes, de son intelligence, de tous ces mots clichés qui font la personne lorsqu'elle meurt, dans la voix secouée de sanglots d'un proche ou frigorifiée de calme d'un prêtre. Tout le monde sait qu'il s'est suicidé mais personne ne le dira, parce que l'Église ne l'enterrerait pas, parce que sa femme et sa fille ne le supporteraient pas, tant elles travaillent déjà à l'occulter. Alors, comme il n'y avait rien d'autre à faire, j'ai écouté Julian Plenti.

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Mardi 1 septembre 2009

Par Juliette


En y réfléchissant je n'aime pas trop ces moments de petit bonheur qui s'enchaînent et dont on remarque l'existence,  lorsque l'on ne trouve rien à reprocher à sa vie, rien d'important. Ils finiront et je ne parviens pas à trouver que  l'instant suffit, être heureuse cinq minutes en sachant que l'heure restante sera possiblement faite de petits malheurs  n'est pas une option séduisante. En même temps l'idée d'un bonheur à long terme effraie par sa fadeur, j'apprécie  presque ce doute constant sur sa pérennité qui pousse à le prolonger à tout prix, quitte à en faire pâtir le présent. Le  bonheur devient un travail de stratège acharné qui exploite au maximum sa marge de manoeuvre et d'influence dans  un grand lot d'aléatoire, il nie même cet aléatoire et se dit qu'il est à l'origine de tous les sentiments, de toutes les  ambiances qui habitent un couple. Sa responsabilité est tellement grande qu'il ne peut jamais relâcher son attention. Je  pense à dimanche, à notre réveil, à notre petit-déjeuner, aller bruncher dehors me semble capital pour conclure sur un  élan nouveau, pour ne pas se quitter sur les restes d'une soirée passée ensemble, seul moment vers lequel nos efforts  seraient dirigés, négligents comme deux mauvais organisateurs. Il faut des efforts constants, une maniaquerie du  détail, le laisser-aller ne peut pas être une règle délibérée de vie, ni à deux ni tout seul. Voilà à quoi je pense, dans ses  bras. Lui s'est endormi et je regarde le plafond à la recherche d'autres pensées profondes ou de sommeil mais ni les  unes ni l'autre ne daignent venir.

En fait l'idée de l'article me vient à ce moment là, je me répète "dans ses bras" (en titre ? en italique ?) plusieurs fois, jusqu'à penser à un texte d'Émilie qu'elle m'avait fait lire sur son beau carnet, un joli texte spontané sur un chaos compliqué, qui finissait "dans ses bras". Nota bene l'arnaque de ce concept, comme lire vautré au lit ou allongé sur l'herbe : la noblesse de l'activité lui a forgé une image d'Épinal de confort, de naturel, qui ne se vérifie pas en pratique. Les bras de l'autre ne sont confortables que dans la subjectivité de l'amour, la moindre petite once d'objectivité obligerait à y voir des os entourés de chair, un abri potentiellement pointu et oppressant. Mais on ne déroge pas aux rituels de l'amour, on ne peut que négocier des positions un peu commodes, au moins sincères. Avant qu'il ne se s'endorme je lui dis que Platon avait raison en fait, pour le mythe de l'androgyne, tout à fait raison. Il me dit "ouais ouais, mais tu l'as déjà dit". On écoute trois minutes de Vivaldi parce que l'iPod de sa mère est sur sa table de chevet et qu'il ne contient que Vivaldi, Glenn Gould et Étienne Daho. Au réveil sa mère rentre d'un mariage, on discute un peu, je suis intimidée, elle me prête Le remplaçant d'Agnès Desarthe avec un sourire bienveillant, elle est très belle, très blonde, très élégante, j'ai les cheveux un peu ébouriffés et ma jupe est froissée. Je le regarde lui, si à l'aise (aucun mérite, c'est sa mère), j'essaie de cerner à quel point j'ai le droit d'être moi, d'être naturelle, d'être ceci ou cela. Elle me parle d'une émission sur la poésie juive sur France Culture, sur le moment je m'en veux violemment de ne pas avoir entendu ce qu'elle a entendu, de ne pas avoir lu ce qu'elle a lu, des petites lacunes de rien du tout deviennent béantes parce qu'elles sont les seules passerelles conversationnelles, je trouve détestable de ne pas les maîtriser. Tout cela se passe très brièvement en fait. Elle nous dit d'aller déjeuner au Marty, lui ne veut pas, je propose le Café Beaubourg, on finit au Sévigné.

Quand je rentre je trouve mon père, fraîchement rentré, il ne me pose aucune question parce qu'il ne l'a jamais fait, ma mère s'en charge toujours, normalement. Sa politique actuelle est de ne pas prêter d'intérêt à ce que je pourrais dire d'intéressant, il a peur que ça me monte à la tête ou je ne sais pas, du coup je me surpasse, je lui parle de lectures, de mediapart, de la taxe carbone, je devance le présentateur du JT sur les infos qu'il délivre au compte-gouttes parce que j'ai déjà lu la dépêche sur le sujet. Je crâne. Il reste impassible, froid, distant, il part tôt et rentre tard. Alors j'ai des impressions d'indépendance, mes week-ends toute seule depuis l'âge de dix ans (ne pleurez pas) deviennent des semaines, je joue à la grande chez Monoprix, j'achète des poivrons rouges, des jaunes, des steaks de soja, des courses sérieuses quoi. Recette : prenez un poivron rouge (plus sucré que le vert, même goût que le jaune), lavez-le, coupez-le en deux, enlevez la "tige" et les graines puis coupez des tranches dans le sens de la longueur, plus ou moins larges. Faites-les dorer dans une poêle avec un peu de bonne huile d'olive, pas trop longtemps, histoire qu'ils restent croquants. Disposez le tout dans une assiette ou un ramequin, dégustez simplement.

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Mardi 28 juillet 2009

Par Juliette


La Land Rover est partie vers le sud-ouest, dans le Lot, je n'aurais jamais passé autant de temps avec mes parents que cet été (enfin si quand même) mais encore une fois j'aime l'idée reposante d'atterrir en terre pacifique, chez une amie d'enfance de mon père et son mari, dans un hameau perché, loin de tout, séparé du reste du monde par une route sinueuse de quelques kilomètres dont les virages ne font pas de cadeau à la voiture chargée. En même temps les portables y fonctionnent et internet y règne, preuve qu'aujourd'hui on n'est jamais perdu nulle part. Je connais mal ce couple et leur fille, plus âgée que moi, actuelle doctorante en pharmacie, je connais son prénom et j'occupe sa chambre, elle vit pour quelques mois à Sarajevo. Les chambres des maisons de campagne sont nettement moins personnelles mais il y a des indices de présence, de goût, quelques parfums laissés là - j'en déduis qu'elle en a beaucoup, que ses parents ou son copain ont trouvé le cadeau rituel, qu'elle s'en fiche un peu. Une petite bibliothèque, des Tintins, des livres plus sérieux liés aux études, de bons romans, des mauvais, des magazines, un petit bureau en bois, un bouquet de fleurs, une belle armoire remplie de vêtements, une commode pleine de linge, une grosse malle en guise de table de chevet, des rideaux épais en lin, un fauteuil Louis XV. La pièce est grande et en fait un peu mal aménagée, il y a un grand vide au milieu, mal comblé par un tapis de laine, vide potentiellement inévitable car la chambre est plus carrée que rectangulaire mais quand même, il y aurait à faire. La baie vitrée du salon offre aux yeux un grand vertige, au loin on distingue le Château de Castelnau-Bretenoux, les hauteurs du Lot s'étalent généreusement et je ne parviens jamais à lire en faisant face à la baie vitrée, mes yeux se perdent toujours dans le paysage, il y a trop à voir.

A. et D. sont tout deux professeurs ce qui nous vaut à table de longues discussions sur le système éducatif, des récits d'anecdotes qui me plaisent et surtout leur envie assumée d'arriver à la retraite, une usure palpable. Je parle assez peu parce qu'il n'y a pas vraiment de place pour moi, je ne partage pas la longueur d'onde de leur conversation, je n'aime pas avoir cette image presque mutique mais je ne trouve pas légitime d'intervenir, le jeu social qui se déroule entre mes parents et eux est tellement réglé, tellement anti-spontané, que rien ne m'y motive assez pour y pénétrer. Tout est réchauffé, les réflexions sont devenues des anecdotes et à chaque récit le conjoint de l'intervenant prend le sourire poli et supérieur de celui qui connaît déjà l'histoire, qui se retire modestement du feu de l'action, presque physiquement, comme pour dire "c'est à votre tour". Alors pour m'occuper j'observe, très attentivement, j'essaie de dénouer les fils de leurs techniques de conversation, j'essaie de percevoir leurs failles. Pour mes parents la tâche est facilitée par des années de vie commune, je lis en ma mère comme en un livre ouvert, je crois percevoir objectivement tout son narcissisme, sa volonté d'être au centre des attentions tout en regrettant de ne pas l'être, pour faire diversion, pour que les autres ne puissent pas la penser narcissique mais qu'ils acceptent sans broncher ses "moi je" en se disant après tout, il faut bien qu'elle parle. Souvent je regarde mon père avec insistance, j'aimerais qu'il me signifie d'un regard que oui, lui aussi perçoit ces choses, que je ne délire pas toute seule dans mon coin. Je crois qu'il ne le fait pas par correction, parce qu'il aime ma mère et connaît ma tendance à la critiquer, parce qu'il ne veut pas attiser cela en donnant son appui, même d'un simple regard. Mon père a vendu son âme pour que règne la paix. Pour nos hôtes tout est plus compliqué, D. est une femme très effacée, je sens nettement qu'elle aime énormément sa fille, qu'elle écoute beaucoup les gens mais qu'elle semble avant tout vouloir tenir son rôle de femme de maison, elle a un côté bovarien, elle lit beaucoup et prend des anti-dépresseurs, parfois aussi elle s'absente complètement des conversations et fixe alternativement son regard sur ceux qui prennent la parole, sans pour autant les écouter. Ma mère ne regarde jamais la personne qui parle, preuve selon moi qu'elle poursuit en solitaire son propre chemin, ne voulant rejoindre la route commune que lorsque la parole est sienne, en ne rebondissant jamais sur le contenu de ce qui a été dit mais toujours sur un mot anodin qui l'inspire soudain, comme une mauvaise partie de ping-pong. A. a de la classe mais sa voix contraste avec le reste, elle a quelque chose de trop brut.

Mon père connaît D. depuis son plus jeune âge, je trouve entre eux cette complicité qu'ont les amis d'enfance, la complicité des souvenirs, des contacts, des regards tournés vers un passé commun alors que devant eux se déroulent un présent dont ils sourient ensemble d'étonnement : nos conjoints, nos enfants, nos vies, qui l'aurait cru ? Ces regards sont l'air frais de sincérité de nos longs repas, le reste me paraît tellement vain, une grande comédie où tout le monde joue à croire, à parler, à rire. Je dis à ma mère - en aparté - que je préfère la relation que je pense avoir avec mes amis, elle rit de l'évidence mais je crois qu'elle ne saisit pas bien l'ampleur de ce que je veux dire. Un débat Zola versus Flaubert se rejoue le premier soir, c'est un des petits numéros favoris de mes parents, A. et D. écoutent poliment, interviennent, glissent le nom de Maupassant, de Paul Zumthor, ils sont parfaits joueurs. Au restaurant, le deuxième soir, le vin succédant au champagne délient un peu les naturels bridés, D. s'exprime davantage, ma mère choisit le silence, très rapidement assommée par l'alcool, mon père s'embarque dans des discours assez stériles, sur des sujets si pointus que personne ne peut vraiment lui répondre. Je pense pendant tout ce temps à écrire cette facticité même si elle m'embête un peu, immortalisée de la sorte. J'aimerais noter des mots, des expressions, en fait j'aimerais prendre des notes pendant nos repas, ne rien oublier de ce que je note toujours mentalement. Il y a des phases ethnologiques de la vie où l'on s'arrêterait bien de vivre activement pour se ranger sur le côté, comme témoin attentif, et à force de scruter il n'y aurait plus de vie sous la loupe, il n'y aurait plus qu'un enclos où s'ébatteraient naïvement nos victimes, décortiquées, éventrées. Ma mère me dit toujours "arrête de ratiociner" et parfois je penserais presque qu'elle a raison. Mais pour de mauvaises raisons !

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Vendredi 24 juillet 2009

Par Juliette


Terrasse de La Bazenne, le soleil est très gentiment braqué sur mon visage. Comme tous les matins il y a d'un côté les résidents des Portes, le journal à la main, sans sac ni trop d'affaires, sans doute juste une clé en poche, et les autres, les touristes du reste de l'île qui sont arrivés sur leur vélo après avoir traversé les marais salants. Les Portes en Ré c'est un peu le bout du monde, l'impasse dans laquelle les gens arrivent finalement et où la Bazenne, très stratégiquement située, les accueille les bras ouverts après ces nombreux coups de pédales. Du coup il y a une sorte de renouvellement permanent des têtes alors que l'on pourrait croire qu'il s'agit d'un petit village un peu trop statique. Comme tous les jours le marché s'agite sur la place du village, qui est aussi la place de la Bazenne, du libraire, de la maison de la presse, de l'agence immobilière et de tous les restaurants plus ou moins guindés. Tout est concentré. Ici on s'amuse à faire ses courses comme avant, on passe d'abord au marché pour les fruits et légumes, pour le fromage, puis à la boulangerie pour le pain, les éventuels desserts et enfin à la poissonnerie, à la charcuterie. Le serveur du matin me connaît maintenant bien (j'ai dû écrire ça plusieurs fois, en tout), j'aimerais presque bien qu'il m'apporte mon habituel café sans demander mais au moins il me laisse une marge de liberté dans la consommation, ça doit être son métier.

Hier je suis retournée harceler le libraire pour qu'il me trouve un Thomas Bernhard dans son immense réserve, il avait l'air sincèrement mécontent de ne pas pouvoir me satisfaire mais il a dû se rendre à l'évidence : il n'avait rien de Thomas Bernhard. Il l'a inscrit sur sa liste de "livres à commander", pas spécialement pour moi parce que je le trouverai ailleurs mais par principe, pour ne pas avoir de grosses lacunes dans sa librairie. Comme il commencait à pleuvoir il s'est énervé "ils vont tous venir m'emmerder" ; ils étant les touristes qui ont tout à coup besoin d'un livre quand le ciel est moins clément. C'était bien la première fois que je voyais un commerçant maudire un afflux de clientèle alors je lui ai dit "vous êtes un vrai local, vous". Il n'a pas trop compris je crois, il m'a fait répéter et puis le temps qu'a duré tout ce processus de répétition-compréhension ma phrase avait perdu de toute son éventuelle saveur, il me laissait toute seule avec elle, ridicule, à côté de la plaque. J'ai vraiment trouvé ça salaud de sa part, alors que je jouais juste gentiment le jeu du small talk. J'ai pris du David Lodge et du Henry James, après avoir cherché bien une heure, un peu en désespoir de cause. Le problème de l'île de Ré c'est qu'il y a quand même beaucoup trop d'enfants, ça court grouille et gueule de partout, il est temps de partir.

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