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insociable, insolence, insoluble, insondable, insouciance



Les voyages en train me mettent face à un casse-tête indépassable. Les paysages impersonnels qui défilent ou l'on passe sans être vraiment, les autres, passagers inconnus aux destinations mystérieuses, le ciel, un avion qui passe, que l'on imagine en partance pour une très lointaine destination, une fille qui se sent observée même les yeux fermés. Un amas de sensations déjà vécues, déjà pensées, déjà écrites, qui m’énervent de banalité et de déjà-dit. Irrépressible envie pourtant de s'épanouir dans toutes ces impressions offertes par le mouvement, le lieu de départ, le lieu d'arrivée, la façon d'arriver, de rentrer. Il faudrait pouvoir arrêter de penser, mais en fait non, on arrêterait aussi de ressentir, on ne peut pas ressentir sans penser, la philosophie et les arts (et F.) nous ont beaucoup menti là-dessus. J’essaie pourtant, j’essaie de chasser chaque pensée qui pointe son nez, l’heure de train Lille-Paris se transforme en expérience cérébralo-empirique, plus je refoule plus elles reviennent, surtout par taquinerie de l’esprit, un truc un peu schizophrène qui fait que la pensée parfois se dissocie de la volonté, c’est peut-être un jeu de mauvaise foi, une conversation interne factice, un ping-pong mental truqué, je veux que cette pensée disparaisse et je le veux tellement que je joue à me taquiner et à force de jouer l’esprit prend l’habitude, le réflexe de résister à la volonté, de ne pas se plier à son impériosité.

Je Lui ai dit au revoir sur le quai de la gare de Lille Flandres, il prenait le métro je prenais le train, peut-être qu’avec lui j’arrive plus positivement à arrêter de penser, à être là où je me trouve, présente, sans être tout de suite pressée d’aller ailleurs. Il me semble sans cesse à conquérir, jamais acquis, je suis présente dans l’instable comme jamais je ne le serai dans le statique, voilà la clé. C'est trop difficile d'écrire sur l'amour, soit on décortique cyniquement soit on s'épanche lyriquement. Je suis très pessimiste quant aux choses que je ne peux pas écrire, je doute de l'existence de ce qui ne se couche pas correctement sur papier. Les siècles ont affaibli l'amour à force de non-dits et de mal-dits littéraires, en parler c'est parler pour deux, écrire pour deux, c'est donc perdre en justesse, en finesse, c'est s'acharner à construire un puzzle dont il manque inévitablement la moitié des pièces. On ressasse fatalement la même rengaine, impossible de creuser plus loin que les tunnels déjà formés, ça me semble quelque chose de capitalement frustrant pour n'importe quel être humain un peu porté sur l'écriture. Vendredi j'ai rejoint Jean près du Grand Palais pour la nuit electro, j'avais été tout de suite très enthousiasmée, même sans être très fan de la musique electro, l'idée d'investir un tel monument, cette espèce d'appropriation sauvage d'un témoin en pierres du passé, les gens fumaient sans complexe sous le grand plafond de verre, ils saccageaient gentiment les lieux comme ils l'auraient fait de n'importe quel endroit, c'était un bel exercice de désacralisation du musée, du monument historique, ça n'a pu que faire du bien à tout le monde. J'ai pensé que J. était le prototype des individus toujours absents du moment qu'ils vivent, toujours projetés dans l'après, dans l'ailleurs. J. n'est au fond jamais vraiment satisfait de l'endroit où il se trouve, des gens qu'il voit, il jongle entre les situations, éternellement inassouvi, et s'il profite d'un moment ce n'est que dans l'optique de tourner la page, de créer une chute et donc une fin à une scène précise et cadrée. En cela il est de ces gens foncièrement indisponibles qui impliquent nécessairement que le rendez-vous soit rentable pour que le rendez-vous soit. Se voir c'est faire ses preuves, c'est tenir le plus longtemps possible avant que vienne le temps d'ajouter, de retirer, de modifier la situation donnée. Et c'est finalement ce que tout le monde apprécie chez lui, ce côté follement humain, démentiellement vulnérable et concevable, cet abandon total à ce travers que tout le monde essaie normalement de modérer.

On écrit donc bien plus facilement sur l'amitié ou sur le train que sur l'amour et vraiment, c'est mauvais signe. La veille, en arrivant à la gare de Lille, un peu en avance sur l'heure initialement prévue par la SNCF, je l'ai attendu quelques minutes, je guettais sans y croire les trois entrées, sans y croire parce que je savais que je ne pourrais l'apercevoir qu'au dernier moment, je promenais simplement mes yeux partout pour que la raison de mon attente soit identifiable, transparence sympa que les inconnus s'offrent entre eux à certains moments de vie collective. A mes pieds j'avais posé le gros carton blanc à poignée qui contenait la lampe Habitat que je lui avais trouvée pour son nouvel appartement, une simple et jolie lampe argentée avec ampoule économique mais puissante, et dont la lumière promettait de ne pas être trop triste ou délavée. Il est arrivé désolé de ne pas avoir été là avant moi, il n'avait pas imaginé que mon train puisse arriver avant treize heures trois minutes. Il m'a guidée dans les rues d'un pas décidé, voir Lille était pour moi une première, au bout de cinq minutes j'ai décidé que la ville était un mélange de Nantes et d'une ville vaguement anglaise et je n'ai pas eu à réviser mon jugement par la suite. Nous sommes rapidement arrivés chez lui, au beau milieu du centre de la ville, la pièce semblait un peu vide car les meubles n'avaient pas encore tous été livrés. J'ai installé la lampe à la place la plus judicieuse, j'avais hâte qu'il fasse nuit pour voir plus complètement ce qu'elle donnait. Tout était beau et bucolique, même en faisant les courses au Monoprix du centre commercial, tout cet univers provincial m'attendrissait beaucoup, m'émouvait presque. Il portait un sweat Abercrombie & Fitch sur une simple chemise blanche, comme d'habitude, et je crois qu'à cet instant, dans ce centre commercial du plein centre de Lille, à côté de lui, je ne pensais pas plus loin que les portes du magasin.

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A
<br /> J'aime bien aussi le passage sur l'amour. "Oh merde, c'est juste ce qu'elle dit là, pourquoi je ne l'ai pas écrit avant, je suis sûr de l'avoir pensé pourtant".<br /> Eh bien, abercombie et truc + chemise blanche + appart dans le centre de Lille, le polo rose floqué "Collège de Marcq" ne doit pas être très loin<br /> <br /> <br />
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U
<br /> "C'est trop difficile d'écrire sur l'amour, soit on décortique cyniquement soit on s'épanche lyriquement. Je suis très pessimiste quant aux choses que je ne peux pas écrire, je doute de l'existence<br /> de ce qui ne se couche pas correctement sur papier. Les siècles ont affaibli l'amour à force de non-dits et de mal-dits littéraires, en parler c'est parler pour deux, écrire pour deux, c'est donc<br /> perdre en justesse, en finesse, c'est s'acharner à construire un puzzle dont il manque inévitablement la moitié des pièces."<br /> <br /> J'aime beaucoup ce passage.<br /> <br /> <br />
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A
<br /> J'espère que tout va bien Juliette ,<br /> <br /> <br />
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F
<br /> "C'est maintenant qu'il faut reprendre vie. J'ai répété cette phrase toute la journée en longeant la Seine"<br /> et vous autres, soyez un peu plus exigeants à propos de littérature.<br /> <br /> <br />
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P
<br /> Encore une fois, j'apprécie ton regard et la façon dont tes mots en prennent la relève.<br /> <br /> Bisous.<br /> <br /> <br />
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