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Merci pour aujourd'hui, merci pour demain



On saisit en fait très vite, pour ne pas dire tout de suite, avec qui le courant passera. Je crois à moitié à ces histoires d'apparence, on fait juste semblant de se croire assez idiot pour se fier aveuglément à l'apparence, au sens d'une apparence qui aurait un sens bête et méchant, alors que l'apparence en fait c'est plus qu'un vêtement, c'est plus qu'un look ou qu'une dégaine, l'apparence c'est tout ce que transpire une personne, tout ces messages qu'elle a égrenés sur elle, à charge pour nous de les saisir. Il n'y a jamais de neutralité dans l'apparence, passé l'âge de raison tout signifie, même la nonchalance vestimentaire est un snobisme sympa etc. Pour Cendrillon c'était plus une question de hasard que de choix, j'étais arrivée en retard le jour de la pré-rentrée, une place était libre à côté d'elle dans la petite salle, le prof parlait, j'ai dit bonjour et je me suis assise sans trop la regarder tout de suite, je ne voulais pas donner l'impression de choisir mon voisin avec trop de soin, elle avait une petite trousse Longchamp sur sa table, la trousse tellement banale et moche que je m'expliquais mal dans quelle optique elle l'avait choisie, tant pis. J'ai tout de suite aimé les cheveux de Cendrillon, longs bruns et régulièrement bouclés, ils avaient l'air très disciplinés, très faciles à vivre à côté de la réputation sulfureuse qu'on donne toujours aux cheveux bouclés. Quand je lui ai parlé elle a eu l'air soulagée, le soulagement d'une fille qui craint un peu de revenir de sa rentrée sans avoir dit un mot à personne, plus vraiment sûre tout à coup qu'elle a bien vécu tout ça. Quand Blanche-Neige est venue se greffer à mon petit couple stable j'ai su que je venais de rencontrer la fille la plus inintéressante de ma vie, une vraie expérience humaine d'un débit hallucinant de banalités à la minute. Avec JM tout a été plus rapide et plus intense, je l'ai remarqué au bout d'une semaine seulement, alors qu'il avait intégré notre groupe de discussion-pause-cigarette devant la fac, il m'a parlé de son année de prépa et rapidement de choses essentielles, on s'est écarté du groupe bruyant qui nous enfumait. JM incarne une harmonie corps/esprit assez parfaite, j'ai su que mon intuition ne me trompait pas, il parlait avec de belles et rondes phrases, du haut d'une sincérité et d'une vérité que j'ai presque eu envie de sauvagement saccager, tellement elles étaient pures. Un soir en se rapprochant du métro nous avons compris que notre conversation ne pourrait pas se terminer dans la violence qu'allait exiger la situation, on se connaissait déjà mieux sans se connaître en fait mieux, de dix-huit heures à une heure du matin nous n'avons pas eu d'autre choix que de nous vomir nos vies et pensées respectives à la figure, de parler compulsivement même si nous nous sentions immobilisés par la politesse d'une amitié nouveau-née, parce qu'aucun de nous n'avait envie de se lever et de partir, tout en étant rongé par la crainte que l'autre, malgré les apparences évidentes, s'ennuie. JM m'a lu des choses merveilleuses ou juste brillantes, des petits textes réfléchis ou des poèmes inspirés, que j'ai dû faire semblant d'apprécier parce que décidément, ça ne me parle pas.

Le vingt-sept au soir, hier en fait, je réquisitionne JM pour la réunion du Club Villepin, j'espère secrètement le faire adhérer, je me surprends à être heureuse d'être au milieu de tous ces fidèles enthousiastes, PL nous aborde et nous parle de Villepin mieux que je n'en parlerai jamais, je le trouve magnifique d'abnégation dans ce non-narcissisme presque sacrificiel, s'engager pour un autre homme c'est presque aussi beau que de l'amour, mis à part peut-être la non négligeable inégalité entre l'homme porté et l'homme qui porte. Alors que Villepin prononce son discours je me demande s'il croise parfois le regard de quelqu'un, si par exemple il pourrait croiser le mien, mais il a l'air ailleurs, au-dessus, dans son for intérieur pourtant, il ne doit pas parvenir à faire taire cette question sans réponse, il se demande forcément qui nous sommes, ce que nous faisons ici, réunis autour de lui. J'imagine le sentiment étrange que cela doit procurer, d'avoir fait déplacer des gens qui viennent entendre un discours, voir un homme, je suis sûre que Villepin n'est pas assez blasé pour ne pas s'en émouvoir sincèrement. Je me dis que c'est ce que j'aime, cette capacité à ne pas sembler trouver tout normal, à s'étonner et à s'émouvoir sans cesse, ces qualités sont celles d'un grand homme.
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A
<br /> J'ai souvent beaucoup de plaisir à lire tes articles. Tu as une belle écriture, touchante et originale, et je me suis reconnu dans certains de tes propos (sur la prépa notamment.) Mais j'avoue que<br /> je m'attendais à tout sauf à l'apologie d'un homme politique! Surpris...et un peu déçu je dois dire.<br /> <br /> <br />
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J
<br /> Merci, je comprends, j'en suis navrée mais mon amour pour Dominique n'est pas négociable. Les papiers du divorce sont sur la table de la cuisine, au revoir Ajite.<br /> <br /> <br />
F
<br /> "cette capacité à ne pas sembler trouver tout normal, à s'étonner et à s'émouvoir sans cesse, ces qualités sont celles d'un grand homme."<br /> <br /> ces qualités sont celles d'un bon acteur.<br /> <br /> <br />
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J
<br /> <br /> oui<br /> <br /> <br /> <br />