Mon père relit Flaubert sérieusement assis derrière son bureau, ma mère écrit cette fameuse nouvelle sur la table de la salle à manger, supra concentrée sur son vieil ordinateur portable HP qui rame pas mal et qui fait "flotter" le texte, comme elle dit. Dans ces moments là j'aimerais bien savoir conduire, aller boire un truc à Saint Martin, voir la mer depuis les fortifications et ma mère elle dit que je ne suis jamais contente, que je pourrais aller boire un truc à la Bazenne, aller sur la plage de la Conche ou du Marchais, prendre mon vélo et faire un tour mais que non, forcément, je veux aller à Saint Martin, le seul endroit où je ne peux pas aller de manière autonome à dix heures du soir. Je dis que je n'ai plus de livre, que j'ai fini Valentin Retz, Cesare Pavese et que Kerouac m'a lassée au bout de cent vingt pages avec ses amis impossibles et ses dialogues bizarres. En plus je ne vois toujours pas où il veut en venir, cet anarchiste, et ça m'ennuie. Elle me dit va voir en haut, il y a des bouquins. Il y a quelques trucs éparpillés, le Pavillon des cancéreux, L'homme sans qualité, des nouvelles de Fitzgerald, du Dostoievski mais juste le tome II de je ne sais plus quel bouquin. Il y a beaucoup trop de Balzac, un peu de psychanalyse à deux balles, du Weber parce qu'un sombre idiot l'a offert à mon innocente mère qui n'en avait jamais entendu parler et qui ne le lira sans doute jamais. Elle me dit de prendre le Françoise Xenakis, Attends-moi, si tu n'arrives pas à te concentrer c'est d'une lecture facile, tu vas voir, elle dit encore. Je lis la quatrième en diagonale, ils citent des titres de ses autres romans, ça me coupe toute envie, traduite en dix-huit langues, ça doit pas être très bien. Je prends les nouvelles de Fitzgerald au cas où.
Avant d'attraper mon ordi et wordpad j'ai réouvert les contes du jour et de la nuit de Maupassant, j'aime toujours les lire, ils sont cruels ou réels ou les deux, enfin ils ont une fausse simplicité qui découle du coup de stylo de Maupassant, quelque chose de vraiment incisif, essentiel, je les admire dans toute leur modestie. Par la porte entrouverte j'entends parfois les éclats de rire de mon père, il me dit que Flaubert l'a toujours fait énormément rire, dont un livre en particulier dont j'ai déjà oublié le nom. Je décide de retourner dès demain chez le libraire, de lui demander qu'il me choisisse un bon policier, un truc qui me fasse baver de la première à la dernière ligne. Ca ou le Pavillon des cancéreux, j'hésite encore. Je me suis installée en face de ma mère sur la table de la salle à manger, elle se tient toujours très droite, de loin elle ressemble à un fil tendu, moi moins. Elle regarde son clavier pour taper les lettres sur word, moi pas. Qu'il pleuve ou qu'il vente elle se tient toujours à son petit rituel de passer à la plage chaque jour, même une heure, sans doute qu'elle s'y endort, qu'elle marche doucement au bord des vagues qui viennent doucement s'échouer etc. Une plage sans sable ça serait mon truc, Valentin Retz développe (un peu trop) sa haine du sable dans son bouquin, qu'il se sent cloué, torturé, supplicié, réduit à la bêtise la plus primaire, la plus physique, et sans doute il y a de ça. Kerouac ne parle pas de sable tiens.
J'ai bien entamé la nouvelle à contraintes définies par A, même si de temps en temps me prend l'envie de tout supprimer, j'ai l'impression d'écrire du Harlequin. Mais ça me donne un coup de fouet et je relis en éliminant le plus d'expressions trop toutes faites, le plus de situations trop utilisées, trop clichées. T est peut-être lui aussi sur l'île, je devrais l'appeler. Ici je me couche tôt, je me lève tôt, j'adore ce rythme de vie très sain, enfin juste sur un laps de temps réduit, à Paris ça ne serait pas faisable. Tout à l'heure j'ai croisé la racaille des Portes en Ré, j'ai bien ri, un petit brun aux yeux bleux, 14 ans à tout casser, qui se baladait lentement sur son vélo en écoutant 50 cent à toute berzingues. J'ai eu pour lui un sourire attendri, preuve s'il en fallait qu'il n'a rien d'une vraie racaille (car je ne souris pas tendrement aux vraies racailles, ndlr). Le vent souffle comme jamais, la nuit est largement tombée et au loin on aperçoit un bout de mer qui s'agite follement. Dans le petit jardin devant la maison un chat gris rôde, il doit convoiter l'abri poubelle, fantasmer sur son potentiel d'éventreur de poubelles, l'Ile est remplie de chats, sauvages ou non, je n'ai jamais bien compris la logique des fortes densités de chats sur les îles. J'imagine F, peut-être au Sel. à cette heure ci, je l'envie un peu, j'aimerais bien me téléporter à Paris quelques heures et revenir ici ensuite. Ma mère a pris un air catastrophé quand j'ai commencé à boire mon thé vert bio, elle m'a dit mais tu ne vas pas pouvoir dormir ! Jamais compris, non plus, ces légendes qui disent que le café et le thé empêchent de dormir. Presque vingt trois heures, l'heure d'aller lire Xenakis dans ma lointaine chambre, froide et mouillée qui plus est puisque j'ai eu l'intelligence de laisser ouvert le vasistas du plafond en pleine averse. Oui, finalement, je lirai cette Xenakis.
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toi, tu ne reçois pas mes textos<br />
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E
Emily
21/07/2009 15:11
Je ne croyais pas que tu étais de ceux qui ne lise pas les livres jusqu'au bout. (remarque je dis ca mais j'ai lachement abandonné "Le festin nu")(Mais il est quand mêm plus chiant a lire que "Sur la route")<br />
bref.<br />
tu aurais été décue par la fin de toute façon.<br />
Moi ce que j'aime c'est juste le coté voyageur de ce livre. il ne se pose jamais.<br />
C'est vrai que c'est un peu lassant mais on peut considérer que c'est un exercice de style.
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Vrai, je le reprendrai à l'occasion, surtout parce que tu l'as lu - c'est une motivation - god j'ai rêvé de toi cette nuit, je suis dans une intense période de rêves - c'est juste que des livres<br />
qui m'attiraient plus me sont tombés dans les mains alors que je le lisais, lui.<br />
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Là je lis "un tout petit monde" de David Lodge, c'est pas magnifiquement écrit mais l'histoire est bien ficelée, ça se lit avec amusement.<br />
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C
Clé
20/07/2009 19:16
Juliette, je viens de me faire tout ton blog, et c'est trop de la balle. ;) Merci pour ce bon moment.<br />
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(je ne sais pas si tu as MSN, mais je serais très heureuse de pouvoir faire ta connaissance)
Je ne savais pas que tu avais commencé une nouvelle. <br />
D'habitude je ne lis pas en entier les billets des blogs, ça me lasse, ça m'ennuie, mais les tiens je les lis. Et ce n'est pas parce que c'est toi ! <br />
Enjoy ta pause insulaire.