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Tâchez d'être un peu moins catégorique dans vos affirmations


http://img402.imageshack.us/img402/8523/alorsp.jpg
En rentrant de chez M. je doute sérieusement que mes tremblements pourront s'arrêter un jour, je m'engouffre dans mon pull et j'installe mon fauteuil près du radiateur, bien sûr ma lampe de luminothérapie est branchée sur une couleur chaude, alternativement rose et rouge. J'ignore si le sang qui m'irrigue est réellement froid ou si cette température du liquide n'est qu'une sensation, un ressenti vaguement explicable qui fait parler les poètes et les voisins qui se croisent dans l'ascenseur. Le fait reste que dehors l'air est glacial, les gens marchent courbés et n'accordent plus aux autres qu'une attention minimale, celle qui permet de ne pas se rentrer dedans. Pour le reste, plus que jamais, les passants restent des passants. M. était partagé entre le devoir de raccompagner la petite jeune que je suis et la constatation que l'absence d'obligations amoureuses entre nous aurait suffit à l'en dissuader. Il l'explique tout en y réfléchissant, d'un ton de voix un peu ralenti qui témoigne de ce work in progress de la pensée et qui permet aux constats produits de ne pas être soupçonnés d'intentions malveillantes. La constatation qu'il n'y a entre nous pas d'obligations amoureuses n'est de ce fait pas blessante : comme si le registre de l'analyse éloignait celui de la susceptibilité affectée. Elle n'a pas la tristesse d'une parole qui amputerait un champ de possibles : l'avantage d'une réflexion de l'instant pendant l'instant c'est qu'elle ne fige rien, elle ne prend pas ce lourd poids du rétrospectif, elle colle à l'instant et comme lui peut évoluer. J'aime chez M. son assurance dans la pratique du quotidien, cette gestion rodée des conversations et des situations doublée de deux yeux prêts à toute sorte de nouvelles réactions, en un mot une expérience qui n'a pas finit de grandir. M. a été mon (jeune) professeur au début du collège et cette première apparition dans ma vie a été suivie de longues années sans se voir jusqu'à – il y a six mois – une nouvelle prise de contact, moins scolaire celle-là.

Le lendemain. Le réveil ne sonne que dans quarante minutes mais déjà s'impose la sensation qu'il a sonné, sensation seulement bonne à saboter tout éventuel sentiment d'être en forme au réveil. L'impitoyable mélodie de mon portable résonne enfin, mélodie anonyme qui fait le compromis entre le son strident des réveils basiques et une musique dont la raison d'être ne se limiterait pas à réveiller les hommes mais dont l'utilisation reviendrait alors à polluer son écoute hors du cadre désagréable de l'éveil. Le corps n'oublie jamais qui l'a sorti de sa torpeur et très vite il transmet au cerveau ses instructions de boycott. L'idéal serait de programmer la radio. Le dilemme entre le café et la douche se transforme en succession des deux, la douche puis le café, l'occasion de s'accorder le temps de boire une grande tasse, quelques minutes de rien du tout qui font beaucoup dans une heure où chaque minute est pensée, le café immobilise, impossible de poursuivre son entreprise sanitaire en le buvant, on est tout à soi. Ma mère me presse de partir parce que ses rituels du matin nécessitent – idéalement – mon absence. Alors je pars et je m'habitue à être en avance, je lis La Croix avec un café de cinquante centimes dans la main, en assumant comme jamais ma solitude matinale. Le plus beau des contacts se fait avec cette fille qui rit avec moi quand la machine me rend la monnaie sur deux euros en pièces de cinq et dix centimes, un rire complice et plein de compassion. Je déchante légèrement de mon idylle lorsque je l'entends tirer les leçons de notre petit moment au profit d'une autre inconnue : « fais gaffe cette machine rend la monnaie en pièces de cinq centimes ». La bibliothèque est vide parce qu'il est tôt et que le contexte scolaire ne permet pas de zèle, le deuxième semestre commence et c'est comme une nouvelle année qui débute, les cahiers blancs remplacent les feuilles noircies, les ordinateurs sont remplis de nouveaux dossiers aux intitulés encore mystérieux.

Je retrouve Murielle quelques heures plus tard devant ces mêmes machines diaboliques, elle discute avec une fille dont la présence me pousse à ne pas manifester la mienne tout de suite. Ignorant l'identité de l'inconnue je veux éviter l'embarras des présentations si leur conversation est la première et la dernière de l'année, le genre de situations dont tout le monde peine à s'extraire une fois englué dedans. Mais un « Juliette ! » émerge et il s'avère finalement que l'inconnue l'est moins que prévu, Murielle avait déjà mentionné son nom, les présentations sont recevables. La fille nous quitte rapidement pour rejoindre Gibert Joseph et nous investissons un boui-boui à panini : un italien, un provençal et deux fanta orange. Murielle porte un joli pull à col travaillé, je le visualise bien évidemment sur l'instant mais ce n'est que maintenant que je me fais la remarque de sa spécificité, décalage difficile à comprendre et à expliquer. En revenant devant les machines – centre récurrent des intrigues du quotidien étudiant – nous tombons sur C., une charmante amie de Murielle qui – pour rester cohérente dans ma manière d'appréhender les gens – porte une jolie marinière bleue.
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T
<br /> Quel plaisir de pouvoir vous lire à nouveau !<br /> <br /> <br />
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K
<br /> Merci d'avoir repris le clavier Juliette! Rien que pour cette (longue) phrase: "J'aime chez M. son assurance dans la pratique du quotidien, cette gestion rodée des conversations et des situations<br /> doublée de deux yeux prêts à toute sorte de nouvelles réactions, en un mot une expérience qui n'a pas finit de grandir." J'aimerais en lire plus souvent des comme ça.<br /> <br /> <br />
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J
<br /> oh Kuhn, merci Kuhn !<br /> <br /> <br />
M
<br /> tiens je me suis dit "elle se souvient du panini que j'ai pris", mais en fait je me souvenais aussi du nom du tien.<br /> Ok je sors.<br /> <br /> <br />
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J
<br /> c'est grâce à leur cohérence géographique : l'Italie et la Provence, le sud tout ça<br /> <br /> <br />