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« Il y a des âmes timides, avides d'approbation parce qu'elles se méfient d'elles-mêmes, et qui joignent, à une vague conscience de leur mérite, le désir et le besoin de l'entendre louer par d'autres. Est-ce vanité, est-ce modestie ? je ne sais ; mais tandis que le fat nous répugne avec sa prétention d'imposer aux autres la bonne opinion qu'il a de lui, nous nous sentons plutôt attirés vers ceux qui attendent anxieusement, pour avoir de leur propre mérite cette même opinion avantageuse, que nous voulions bien la leur donner. Une louange méritée, une parole aimable, pourra produire sur ces âmes l'effet d'un rayon de soleil tombant tout à coup sur une campagne désolée ; comme lui, elle les fera reprendre à la vie, et même, plus efficace, elle transformera parfois en fruits des fleurs qui se seraient sans cela séchées. Au contraire, une allusion involontaire, un mot de blâme sorti d'une bouche autorisée, peuvent nous jeter dans cette tristesse où mécontents de nous, désespérant de l'avenir, nous croyons voir se fermer devant nous toutes les avenues de la vie. (...) Cette sensibilité un peu maladive est chose rare, heureusement ; mais quel est celui qui ne s'est pas senti, à certains moments, douloureusement atteint dans son amour-propre et arrêté tout aussitôt dans l'essor qu'il aurait pu prendre ; au lieu qu'à d'autres moments une harmonie délicieuse le pénètre, parce qu'un mot glissé à son oreille, s'insinuant dans l'âme et la fouillant jusque dans ses plus secrets replis, est venu toucher cette fibre cachée qui ne peut résonner sans que toutes les puissances de l'être s'ébranlent avec elle et vibrent à l'unisson ? Ne serait-ce point là, jeunes élèves, la politesse la plus haute, la politesse du coeur, celle que nous appelions une vertu ? C'est la charité s'exerçant dans la région des amours-propres, là où il est aussi difficile parfois de connaître le mal que de vouloir le guérir. Une grande bonté naturelle en est le fond ; mais cette bonté resterait peut-être inefficace si la pénétration de l'esprit ne s'y joignait, la finesse, et une connaissance approfondie du coeur humain. »

Henri Bergson, La Politesse
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B
Ca me rappelle un passage de Proust, où l'auteur compare<br /> l'esprit à l'eau, qui prend les formes de son contenant. Le narrateur, Marcel<br /> (nous n'en dirons pas plus), lit un livre bienveillant qui lui donne l'ivresse<br /> d'une intelligence qui dépasse son quotidien. Soudain un individu s'approche,<br /> lui lance un mot badin et piquant, le laisse interdit, sans réponse. Et son<br /> esprit de dégringoler pour se sentir le plus bête du monde.<br /> Proust le racontait<br /> beaucoup mieux et vraiment son œuvre est ainsi truffée d'historiettes aussi pertinentes.
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